(En préparation) Paris, Classiques Garnier, coll. Politique(s).

DÉFENDRE LES DROITS DU PEUPLE. CONCEPTS ET CONTEXTE DE LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DE ROUSSEAU.

L'influence de Rousseau sur la modernité démocratique est immense. Mais dans quel contexte et dans quel horizon de possible le champion de l'autonomie rationnelle et de la souveraineté du peuple a-t-il élaboré sa théorie politique? Quelle est l'histoire propre du Contrat Social, avant la Révolution française qui lui donnera un écho inespéré ? Répondre à ces questions permet de mieux saisir quel idéal politique était celui de Rousseau (la démocratie d'assemblée), d'éclairer son appartenance à la tradition républicaine (en montrant qu'il existait une place, chez Rousseau, pour la citoyenneté contestataire) et d'interroger de là son intérêt pour le temps présent.

 

Thèse de doctorat, soutenue le 21 septembre 2018 à l'ENS de Lyon.

ROUSSEAU ET LE PRINCIPE DE CITOYENNETÉ. RECHERCHE SUR LA NATURE DU LIEN SOCIAL DÉMOCRATIQUE.

Ma recherche de doctorat s'est étendue sur six ans. Ayant consacré mon mémoire de Master 2 au rôle du gouvernement chez Rousseau, j'ai voulu mettre au clair l'exigence contraposée de délibération politique et de vigilance civique qui anime l'ensemble de sa pensée politique.


Anthropologie de la reconnaissance et économie politique

Les premiers temps de mon doctorat ont été consacrés à la pensée sociale et économique de Rousseau. Je me suis d'abord concentré sur l'anthropologie relationnelle de Rousseau - la théorie de la bonté naturelle de l'homme et le statut (apparemment) pathogène de l'amour-propre. Mes affinités avec Francesco Toto et Emmanuel Renault m'ont donné l'occasion d'élargir ma recherche au concept de reconnaissance à l'âge classique, auquel nous avons consacré un ouvrage collectif.

Dès le premier article que j'ai publié, Quelle politique de la reconnaissance chez Rousseau? Une étude des Considérations sur le gouvernement de Pologne, j'ai tâché de souligner le conditionnement de la critique rousseauiste de l'amour-propre à l'existence d'un imaginaire social dominant, qu'on pourrait qualifier d'"économiste". Cette thèse est  développée sous d'autres aspects dans Amour-propre et opinion dans Rousseau : vers une anthropologie politique de la reconnaissance et dans The Political Opposition of Rousseau to Physiocracy : Government, Interest, Citizenship.

L'un des motifs centraux de l'opposition de Rousseau à l'"économisme" anthropologique naissant tient à la centralité, dans sa pensée sociale et politique, de la sensibilité, des passions et des interactions, qui interdisent d'imaginer que les préférences ou les intérêts d'un individu puissent constituer des "données". Je développe cette idée dans Intérêt commun ou intérêt général? D'une décision terminologique chez Rousseau, et plus précisément dans le corps de ma thèse.

Volonté générale et délibération :

Dans ma thèse, j'ai soutenu contre une tendance lourde de la philosophie politique contemporaine et de l'exégèse classique, et dans le sillage des suggestions de Bruno Bernardi, qu'il existe une place (et une place majeure) pour la délibération collective chez Rousseau. La délibération collective renvoie toutefois aux pratiques d'Ancien Régime plutôt qu'au concept normatif que recouvre aujourd'hui ce terme dans la théorie de la démocratie contemporaine. C'est en délibérant collectivement que les citoyens peuvent seulement former une volonté générale. (Cet aspect de ma thèse reste pour le moment inédit : il constituera une partie importante du livre en préparation).

La volonté générale des citoyens ne saurait toutefois se maintenir sans que ces derniers soient régulièrement amenés à contrôler les termes de leur association et à vérifier leur effectivité dans le cadre d’institutions spécifiques. L’exigence exorbitante de souveraineté populaire, identifiée à l’exercice direct du pouvoir législatif, est manifestement attenante à l’idéal de socialité juridique que Rousseau place au coeur de sa théorie politique. Cet idéal trouve une incarnation contrefactuelle dans les pratiques et demandes de la bourgeoisie de Genève auxquelles le Contrat Social donne un fondement théorique ex post facto. Le texte Représenter la volonté générale? Rousseau et son héritage paradoxal (paru dans Les défis de la représentation, dir. M. Albertone et D. Castiglione, Paris, Classiques Garnier, 2018), aborde cet aspect de ma thèse. Dans son dernier chapitre, en dialogue critique avec les philosophies de Rawls et de Habermas, j'ai tâché de montrer que la théorie politique de Rousseau soutenait l’exigence d’une démocratie délibérative radicale.